602
TRIBUNAL CANTONAL
126
PM09.006072-PHU
C O U R D E C A S S A T I O N P E N A L E
Présidence de M. , président
Juges:Mme et M.
Greffier :M. Rebetez
Art. 47 CP; 1
er
, 35 DPMin
La Cour de cassation pénale prend séance à huis clos pour
statuer sur le recours interjeté par le MINISTERE PUBLIC contre le
jugement rendu le 13 novembre 2009 par le Président du Tribunal des
mineurs dans la cause dirigée contre T..
Cité à comparaître en application de l’art. 438 al. 1 CPP,
T. se présente. Il est assisté de Me Joëlle Druey, avocate-stagiaire
à Lausanne.
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2 -
Personne ne se présente pour le Ministère public.
T.________ s'exprime brièvement.
Informé que les débats auront lieu à huis clos, conformément à
l'art. 39 DPMin, l'intimé se retire.
La Cour entre ensuite en délibération.
Elle considère :
E n f a i t :
A.Par jugement du 13 novembre 2009, le Président du Tribunal
des mineurs a, notamment, constaté que T.________ s'était rendu coupable
de complicité de lésions corporelles simples et d'agression (I); lui a infligé
une amende de 600 fr. (II); renoncé à révoquer le sursis qui lui avait été
accordé par jugement du 24 octobre 2008, lui a adressé un avertissement
et prolongé le délai d'épreuve d'un an à compter de ce jour (III).
B.La motivation en fait et en droit de ce jugement, dans ce
qu'elle a d'utile à retenir pour l'examen du recours, est en substance la
suivante, la cour de céans se référant pour le surplus à l'état de fait dans
son intégralité :
1.T.________, né le 2 septembre 1991, a déjà été condamné à
quatre reprises :
-le 11 septembre 2003, une réprimande lui a été adressée pour
infraction à l'art. 90 ch. 1 LCR;
-le 11 mai 2005, il a été condamné à deux demi-journées de
prestations en travail pour voies de fait;
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3 -
-le 7 décembre 2007, il a été condamné par défaut à une
amende de 80 fr. pour contravention à l'art. 51 LTP;
-le 24 octobre 2008, il a été condamné à un mois de privation
de liberté, avec sursis pendant un an, pour fausse alerte, tentative de vol,
vol, vol d'importance mineure, dommages à la propriété, recel,
violation de domicile, vol d'usage d'un véhicule automobile et
contravention à la LTP.
2.Les renseignements recueillis sur le compte de l'accusé ne
sont pas défavorables. Il est apprenti aide-monteur en réseau de
télécommunications depuis le 25 août 2008 et sa formation se passe bien.
3.T.________ s'est rendu coupable de complicité de lésions
corporelles simples et d'agression. Compte tenu de l'ensemble des
circonstances, et notamment de ses antécédents et de son attitude peu
compliante en cours d'enquête, le Président du Tribunal des mineurs a
estimé qu'une peine d'amende ferme s'imposait. S'agissant du sursis qui
lui avait été accordé par jugement du 24 octobre 2008, le magistrat de
première instance a considéré que sa révocation compromettrait
sérieusement l'apprentissage de l'intéressé. Un avertissement lui a
néanmoins été donné et le délai d'épreuve a été prolongé d'un an.
C.En temps utile, le Ministère public a recouru contre le
jugement précité. Dans le délai imparti à cet effet, il a déposé un mémoire
concluant à sa réforme en ce sens que T.________ est condamné à une
peine de privation de liberté de deux mois avec sursis pendant deux ans,
le sursis accordé par jugement du 24 octobre 2008 révoqué et l'exécution
de la peine de privation de liberté de un mois ordonné. Subsidiairement, il
conclut au renvoi de la cause au Président du Tribunal des mineurs pour
nouveau jugement.
Dans ses déterminations du 11 février 2010, T.________ a
conclu au rejet du recours du Ministère public.
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E n d r o i t :
1 .Le recours est exclusivement en réforme
Le jugement attaqué est un jugement principal rendu en
contradictoire par le Président du Tribunal des mineurs, contre lequel le
Ministère public a qualité pour recourir en nullité et en réforme en ce qui
concerne l'action pénale et les conclusions civiles (art. 78, 79 al. 1 let. a,
80 et 81 al. 1 let. a de la loi cantonale du 31 octobre 2006 sur la juridiction
pénale des mineurs [ci-après : LJPM]).
Les règles du Code de procédure pénale du 12 septembre
1967 (ci-après : CPP) régissant la procédure de recours devant la Cour de
cassation sont applicables par renvoi de l'art. 88 al. 1 LJPM. Ainsi, dans le
cadre d'un recours en réforme, la cour de céans examine librement les
questions de droit sans être limitée aux moyens que les parties invoquent
(art. 447 al. 1 CPP). Elle est cependant liée par les faits constatés dans le
jugement attaqué (art. 415 CPP), sous réserve des inadvertances
manifestes, inexistantes en l'espèce, qu'elle rectifie d'office, ou
d'éventuels compléments qui ressortiraient des pièces du dossier (art. 447
al. 2 CPP).
2.Le Ministère public considère que la peine de 600 fr. d'amende
est arbitrairement clémente et qu'elle aurait dû être fixée à deux mois de
privation de liberté.
2.1Aux termes de l'art. 1 al. 2 let. c DPMin (Loi fédérale du 20 juin
2003 régissant la condition pénale des mineurs; RS 311.1), les art. 47, 48
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et 51 CP (Code pénal du 21 décembre 1937; RS 311.0), s'appliquent par
analogie.
Selon l'art. 47 CP, le juge fixe la peine d'après la culpabilité de
l'auteur. Il prend en considération les antécédents et la situation
personnelle de ce dernier ainsi que l'effet de la peine sur son avenir (al. 1).
La culpabilité est déterminée par la gravité de la lésion ou de la mise en
danger du bien juridique concerné, par le caractère répréhensible de
l'acte, par les motivations et les buts de l'auteur et par la mesure dans
laquelle celui-ci aurait pu éviter la mise en danger ou la lésion, compte
tenu de sa situation personnelle et des circonstances extérieures (al. 2).
Le critère essentiel est celui de la faute. L'art. 47 CP n'énonce
cependant pas de manière détaillée et exhaustive tous les éléments qui
doivent être pris en considération, ni les conséquences exactes qu'il faut
en tirer quant à la fixation de la peine. Cette disposition laisse donc au
juge un large pouvoir d'appréciation, de sorte qu'un recours portant sur la
quotité de la peine ne sera admis que si la sanction a été fixée en dehors
du cadre légal, si elle est fondée sur des critères étrangers à l'art. 47 CP, si
les éléments d'appréciation prévus par cette disposition n'ont pas été pris
en compte ou enfin si la peine apparaît exagérément sévère ou clémente
au point que l'on doive parler d'un abus du pouvoir d'appréciation (art.
415 al. 3 CPP; Bovay/Dupuis/Monnier/Moreillon/Piguet, Procédure pénale
vaudoise, 3
ème
éd., Bâle 2009, n. 1.4 ad art. 415 CPP; ATF 127 IV 101 c. 2c;
ATF 122 IV 156 c. 3b; ATF 116 IV 288 c. 2b).
S'agissant d'un délinquant mineur, ces principes ne sont
toutefois applicables que dans la mesure où ils sont compatibles avec les
buts du droit pénal des mineurs. Dans ce domaine, la peine vise un but
éducatif particulièrement marqué (Logoz, Commentaire du Code pénal
suisse, Partie générale, 2
ème
éd., Neuchâtel 1976, n. 1 ad art. 95 CP). Elle
doit donc être fixée principalement en considération de l'âge et de la
personnalité du mineur; sa culpabilité n'entre en ligne de compte qu'en
second lieu (ATF 94 IV 56 c. 1a, JT 1968 IV 109; CCASS, 14 décembre
2000, n° 564).
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Au surplus, le message du Conseil fédéral sur le nouveau droit
pénal des mineurs relève ce qui suit : "bien que des préoccupations
essentiellement pédagogiques sous-tendent le droit pénal des mineurs, la
question de la faute ne peut pas être mise de côté (...). Aussi, l'article 1er,
2ème alinéa, déclare-t-il applicable par analogie l'article 47 CP (...). Le
présent projet, à l'exception de l'article 33, renonce, comme le droit
actuel, à établir des règles spéciales sur la fixation de la peine. Au regard
des objectifs de prévention que poursuit le droit pénal actuel des mineurs,
il y a lieu, en effet, de prévoir une solution souple et individualisée qui
permette de déterminer la peine en fonction des besoins éducatifs du
mineur dans chaque cas d'espèce. Bien entendu, la peine doit se situer
dans un rapport raisonnable avec la gravité de l'infraction pour que, d'une
part, le mineur ne la perçoive pas comme une injustice et que, d'autre
part, il la prenne suffisamment au sérieux" (Message concernant la
modification du code pénal suisse et du code pénal militaire ainsi qu'une
loi fédérale régissant la condition pénale des mineurs, FF 1999 p. 2036).
Au vu de ce qui précède, le droit pénal des mineurs est plus
spécialement orienté vers la prise en considération de l'avenir du
délinquant dans la fixation du genre et de la quotité de la peine, ainsi que
dans le suivi de l'exécution.
2.2Agé de 17 ans au moment des faits, T.________ s'est rendu
coupable de complicité de lésions corporelles simples et d'agression. Par
ailleurs, il s'agit de la cinquième condamnation du prénommé.
Dans ses déterminations, T.________ se prévaut notamment de
son rôle secondaire dans la commission des infractions, de sa prise de
conscience et de sa bonne situation personnelle. Ces éléments ont une
influence sur la culpabilité, en faveur de l'intimé. Toutefois, il est établi
que ce dernier s'est pleinement associé à la commission répétée
d'infractions graves, soit des actes de violence perpétrés gratuitement, et
ce, en dépit d'une condamnation à une peine privative de liberté d'un mois
avec sursis prononcée le 24 octobre 2010.
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Au vu des éléments susmentionnés, la peine de 600 fr.
d'amende est arbitrairement clémente. Il convient dès lors d'admettre le
recours en réforme du Ministère public et de fixer une nouvelle peine.
La peine privative de liberté de deux mois proposée par le
recourant sanctionne adéquatement T.________ au vu notamment de la
gravité des infractions en cause ainsi que de la proximité du passage à
l'âge adulte de celui-ci.
Le sursis sera accordé, l'aptitude de l'intimé à s'amender sans
avoir à purger sa peine étant établie (cf. infra c. 3.2). La durée du délai
d'épreuve sera toutefois fixée au maximum de ce que permet la loi, à
savoir deux ans (art. 29 al. 1 DPMin), le condamné ayant déjà été mis au
bénéfice de cette mesure et ayant récidivé pendant le délai d'épreuve.
Bien fondé, le moyen est admis et le jugement réformé en ce
sens que T.________ est condamné à une peine privative de liberté de deux
mois avec sursis pendant deux ans.
3.Le Parquet soutient que le sursis accordé le 24 octobre 2008
doit être révoqué.
3.1L'art. 35 al. 2 DPMin, traitant du sursis, prévoit que les art. 29
à 31 DPMin s'appliquent par analogie aux peines suspendues. Aux termes
de l'art. 31 al. 1 DPMin, si, durant le délai d’épreuve, le mineur libéré
conditionnellement commet un crime ou un délit ou s’il persiste, au mépris
d’un avertissement formel, à violer les règles de conduite qui lui ont été
imposées et qu’il y a lieu de craindre qu’il commette de nouvelles
infractions, l’autorité qui connaît de la nouvelle infraction, ou l’autorité
d’exécution s’il y a violation des règles de conduite, ordonne l’exécution
de tout ou partie du solde de la peine (réintégration).
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3.2En l'espèce, c'est à tort que le Ministère public fait valoir que
seule l'exécution d'une peine paraît être en mesure de faire changer le
comportement de T..
Les renseignements recueillis sur le compte de ce dernier ne
sont pas défavorables. Il est en deuxième année d'apprentissage
d'apprenti aide-monteur en réseau de télécommunications depuis le 25
août 2008 et sa formation se passe bien. Il gagne 600 fr. par mois, somme
avec laquelle il paie ses cours et contribue à son entretien (jgt., p. 3). Ces
éléments mettent ainsi en évidence une évolution favorable de l'intéressé
sur le plan personnel et il semble manifester certaines velléités
d'amendement.
L'ensemble des ces éléments, pertinents dans le cadre de
l'examen de la sanction qui doit être infligée à un mineur, dont le but est
essentiellement éducatif, laisse raisonnablement penser qu'un
avertissement et une prolongation du délai d'épreuve d'un an suffiront à
détourner T. de la commission de nouvelles infractions. Au
demeurant, la révocation du sursis accordé précédemment
compromettrait sérieusement l'apprentissage de l'intimé, qui se déroule à
satisfaction.
Dans la mesure où la crainte d'une éventuelle récidive n'est
pas suffisamment fondée, c'est à raison que le premier juge s'est contenté
de prononcer un avertissement et de prolonger le délai d'épreuve.
Mal fondé, ce moyen ne peut dès lors qu'être rejeté.
4.En définitive, le recours formé par le Ministère public doit être
partiellement admis et le jugement réformé dans le sens qui précède.
Les frais de deuxième instance seront laissés à la charge de
l'Etat, conformément à l'art. 450 al. 1 CPP, applicable par renvoi de l'art.
23 al. 1 LJPM.
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Par ces motifs,
la Cour de cassation pénale,
statuant en audience publique,
p r o n o n c e :
I. Le recours est partiellement admis.
II. Le jugement rendu par le Président du Tribunal des mineurs
est réformé au chiffre II de son dispositif en ce sens que le
Président :
II.Le condamne à une peine privative de liberté de deux
mois, avec sursis pendant deux ans.
Le jugement est maintenu pour le surplus.
III. Les frais de deuxième instance, y compris l'indemnité allouée
à son défenseur d'office de Christie Zabana par 650 fr. (six
cent cinquante francs), sont laissés à la charge de l'Etat.
IV. L'arrêt est exécutoire.
Le président :Le greffier :
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Du 30 mars 2010
Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué au
recourant et aux autres intéressés.
Le greffier :
Du
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :
-Me Joëlle Druey, avocate-stagiaire (pour T.________),
[...]- M. le Procureur général du canton de Vaud,
et communiqué à :
-M. le Président du Tribunal des mineurs,
-M. le Juge d'instruction cantonal,
par l'envoi de photocopies.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110), cas échéant d'un recours
constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Ces recours doivent
être déposés devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la
notification de l'expédition complète (art. 100
al. 1 LTF).