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TRIBUNAL CANTONAL
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PE11.002737-MRN
C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Présidence de MmeE P A R D , vice-présidente
Juges:M.Abrecht et Mme Byrde
Greffière:MmeMirus
Art. 263 al. 1 let. a, 393 al. 1 let. a CPP
La Chambre des recours pénale prend séance à huis clos pour
statuer sur le recours interjeté le 22 octobre 2012 par T.________ contre
l'ordonnance de séquestre rendue le 8 octobre 2012 par le Ministère
public de l'arrondissement de Lausanne dans la cause n° PE11.002737-
MRN.
Elle considère:
E n f a i t :
A. a) Le 27 janvier 2011, J.________ a déposé une première plainte
à l'encontre de T.________ et de son mari H.________ pour des menaces que
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ces derniers auraient proférées à son encontre, afin qu'elle rembourse un
prêt de 235'000 à 400'000 fr. (PV aud. 1). Elle a retiré sa plainte par acte
daté du 12 mars 2011 (P. 8 et 9).
La tentative de contrainte se poursuivant d'office, le Procureur
a ouvert, le 11 avril 2011, une instruction pénale contre les prévenus, pour
avoir tenté de contraindre J.________ à rembourser une dette en la
menaçant de mort, le 26 janvier 2011.
b) Le 4 mai 2011, J.________ a déposé une seconde plainte
pénale à l'encontre des prévenus. Elle leur faisait grief d'être venus à son
domicile et de l'avoir une nouvelle fois menacée de mort, afin qu'elle
rembourse le prêt (PV aud. 4; P. 13/5).
En outre, R.________ a déposé une plainte le 10 avril 2011 pour
avoir été menacé à plusieurs reprises par les prévenus.
Le 5 mai 2011, le Procureur a décidé d’étendre la procédure
aux prévenus en raison des deux nouvelles plaintes déposées contre eux.
c) Sur mandat du Procureur, la police a perquisitionné, le 10
mai 2011, le magasin et le domicile des prévenus. De nombreux
documents relatifs à des prêts d'argent ainsi qu'une importante somme
d'argent en liquide ont été découverts lors de la perquisition (PV aud. 3; P.
13/1). Le Procureur a alors requis qu'un montant de 10'000 fr. soit laissé
dans le coffre-fort du commerce comme fonds de roulement, le solde étant
"provisoirement saisi".
Le même jour, la police de sûreté a rédigé un rapport, celle-ci
s'interrogeant sur l'adéquation entre la déclaration d'impôt des prévenus,
d'une part, et les différents contrats de prêt, dont la somme prêtée à la
plaignante, d'autre part (P. 13/1).
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T., entendue au sujet de l'argent retrouvé dans le
coffre-fort, a déclaré qu'il servait à des achats de marchandises (PV aud.
3).
d) Les documents découverts lors de la perquisition, apparus
d'emblée suspects, ont été saisis à titre provisoire. Le défenseur de
T. a été informé de cette mesure par avis du 27 juin 2011 (P. 29).
Par lettre du 11 juillet 2011 (P. 36), la prévenue a demandé la
restitution des pièces saisies – qui ont été classées par la police sous fiche
de pièces à conviction portant référence 49791, datée du 1
er
juillet 2011
(P. 45) –, faisant valoir que les documents en question étaient
indispensables à l'exploitation de son commerce.
La police a adressé les documents en retour à la direction de la
procédure le 19 juillet 2011, en annexes à un rapport établi le même jour
(P. 38/1); ils ont alors été versés au dossier sous forme de copies (P. 38/2
et 38/3). La police a analysé leur contenu afin de permettre au Ministère
public de déterminer s'il y avait lieu d'étendre l'instruction pénale dirigée
contre T.________ et H.________ à des infractions commises en relation avec
l'octroi de prêts à des tiers. Au terme notamment de l'analyse des
documents financiers saisis, elle est parvenue à la conclusion que les
époux T.________ et H.________ "(...) ont une fortune largement supérieure
à celle déclarée à l'administration cantonale des impôts" ; elle mentionnait
que, de plus, "ce couple prête de l'argent à de nombreuses personnes
dans le milieu asiatique", les intérêts versés générant de fait des revenus
annexes; la police de sûreté a ajouté n'avoir "(...) pas été en mesure de
déterminer l'origine des fonds constituant la fortune du couple", précisant
cependant qu'aucun élément ne laissait supposer une origine criminelle de
ces fonds, même si "(...) les éléments de fortune découverts, ainsi que les
revenus annexes qui découlent des intérêts des prêts octroyés par Mme
T.________, ne sont pas en adéquation avec les renseignements déclarés à
l'administration cantonale des impôts" (P. 38/1 précitée, p. 22).
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e) Les documents saisis ont été restitués sous forme
d'originaux à T.________ le 9 septembre 2011, l'intéressée ayant apposé sa
signature au regard de cette date, au pied du document daté du 1
er
juillet
2011 intitulé "fiche de pièce à conviction", portant le numéro de séquestre
49791, déjà mentionné (P. 45).
La police a établi un rapport complémentaire le 6 décembre
2011 (P. 54), dans lequel elle relevait qu'une demande d'information avait
été adressée aux autorités vietnamiennes par le biais d'Interpol Berne le
19 juillet 2011 et que, le 22 novembre 2011, Interpol Hanoi avait répondu
que les époux T.________ et H.________ n'étaient pas défavorablement
connus des autorités de leur Etat d'origine, hormis pour avoir quitté leur
pays sans droit en juillet 1987, afin de venir en Suisse.
B. a) La prévenue, agissant le 19 juin 2012 dans le délai de
prochaine clôture, a sollicité le retranchement du dossier des pièces 38/2
et 38/3 (P. 61) et a réitéré sa demande le 2 juillet 2012 (P. 62).
b) Par ordonnance du 10 juillet 2012, rendue dans le cadre de
l'enquête dirigée contre T.________ pour voies de fait, menaces et tentative
de contrainte respectivement contre H.________ pour tentative de
contrainte, la Procureure a refusé de retrancher du dossier les copies de
documents versées sous pièces 38/2 et 38/3 (I) et a dit que les frais
suivaient le sort de la cause (II).
Cette ordonnance précise qu'après avoir pris connaissance des
rapports de police concernant les documents saisis (P. 38/1 et 54), le
Ministère public a considéré qu'il n'y avait pas lieu d'étendre l'instruction
pénale dirigée contre les prévenus à des infractions commises en relation
avec l'octroi de prêts à des tiers. La Procureure a ajouté qu'elle entendait
rendre une ordonnance de non-entrée en matière en relation avec ces
rapports de police avant de renvoyer la prévenue devant le juge du fond.
Elle a considéré qu'il n'était pas nécessaire d'ordonner le séquestre des
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copies des documents saisis avant de les verser au dossier, à telle
enseigne qu'il n'y avait pas lieu de retrancher ces pièces du dossier.
c) Le 23 juillet 2012, T.________ a interjeté recours auprès de la
Chambre des recours pénale contre l’ordonnance du 10 juillet 2012. Il
ressort en substance de l’arrêt de la CREP du 22 août 2012/568 que la
recourante a invoqué un déni de justice du fait qu'aucune décision
prononçant le séquestre des documents en cause n'avait été rendue,
soutenant que la procureure aurait dû statuer par ordonnance si elle
entendait conserver les documents saisis, ne serait-ce que sous forme de
copies, ceux-ci étant par ailleurs devenus des pièces à conviction. La
recourante a en outre fait valoir que les pièces en cause avaient été
obtenues illicitement, soit en violation des normes légales applicables au
séquestre, qu'elles étaient dès lors inexploitables en vertu de l'art. 141 al.
2 CPP et que leur restitution devait donc être ordonnée plutôt que leur
séquestre.
d) Par arrêt du 22 août 2012/568, la Chambre des recours
pénale a admis partiellement le recours (I), a constaté l'existence d'un
déni de justice formel et invité le Ministère public de l'arrondissement de
Lausanne à procéder conformément aux considérants (II), a confirmé
l'ordonnance de refus de retranchement de pièces du 10 juillet 2012 (III), a
laissé les frais d'arrêt, par 770 fr. (sept cent septante francs), à la charge
de l'Etat (IV), et a déclaré cet arrêt exécutoire (V).
En substance, elle a d'abord constaté qu'il pouvait apparaître,
prima facie, que c'était précisément parce que le Ministère public
entendait rendre une ordonnance de non-entrée en matière qu'il avait
restitué les documents saisis à titre provisoire. Toutefois, le fait que tout
en restituant les originaux, il en avait fait établir des copies, sans en
informer les parties, présupposait une intention de garder au dossier à
titre probatoire le contenu de ces documents. La cour de céans a ensuite
relevé le fait que près d'un an s'était écoulé depuis la remise du rapport
de police du 19 juillet 2011 sans que la direction de la procédure ne
décide formellement de la suite de la procédure conformément à l'art. 243
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al. 2 CPP. Elle a donc considéré que ce retard injustifié était constitutif de
déni de justice (art. 393 al. 2 let. a CPP) et a invité le Ministère public à
décider rapidement de la suite de la procédure, conformément à l'art. 243
al. 2 CPP, pour remédier à ce retard (art. 397 al. 4 CPP). Cela étant, elle a
estimé que c'était à raison que la Procureure avait refusé de retrancher du
dossier les copies des pièces en cause, dès lors que ces documents
avaient trait aux pratiques commerciales de la prévenue, s'agissant en
particulier de prêts paraissant analogues à celui qui était en cause et qu'ils
étaient donc de nature à éclairer l'autorité quant aux procédés dont
l'intéressée pouvait être coutumière lors de l'octroi de prêts et, partant,
constituer des éléments d'appréciation en droit pénal.
C. a) Par ordonnance de séquestre du 8 octobre 2012, notifiée
par pli du même jour reçu le 10 octobre 2012, la Procureure a ordonné le
séquestre des copies versées au dossier sous pièces 38/2 et 38/3 des
documents financiers relatifs à des prêts et à des relations bancaires qui
avaient été saisis le 10 mai 2011 au domicile de H.________ et T.,
ainsi qu'au magasin " [...]".
Elle a d'abord expliqué que la police avait effectué les copies
mentionnées ci-dessus, dès lors que T. avait demandé la
restitution des documents originaux, celle-ci en ayant besoin pour le suivi
de l’exploitation de son commerce. Elle a ensuite relevé que la police avait
analysé le contenu de ces documents afin de lui permettre de déterminer
s’il y avait lieu d’étendre l’instruction pénale dirigée contre les prévenus à
des infractions commises en relation avec l’octroi de prêts à des tiers. Les
résultats de cette analyse s'étaient toutefois avérés négatifs. Cela étant,
reprenant la motivation de l’arrêt de la CREP du 22 août 2012/568,
mentionnée ci-dessus, la Procureure a relevé que les documents litigieux
se rapportaient aux pratiques commerciales qu'avait T.________ en relation
notamment avec des prêts analogues à celui à l’origine du litige
l’opposant à J.________ dans la présente enquête. Le contenu de ces
documents apporterait donc un éclairage sur les procédés dont T.________
pourrait être coutumière lors de l’octroi de prêts. La Procureure a dès lors
estimé que les copies de ces documents, qui avaient été versées au
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dossier de la cause, pouvaient être utilisées comme moyens de preuves
dans le cadre de la présente enquête pénale (art. 263 al. 1 let. a CPP).
C. a) Par acte du 22 octobre 2012, remis à la Poste le même jour,
T., par son défenseur, l’avocat Tony Donnet-Monay, a recouru
auprès de la Chambre des recours pénale du Tribunal cantonal contre
cette ordonnance, en concluant avec suite de frais et dépens à son
annulation et à ce que les documents séquestrés soient immédiatement
retirés du dossier.
Par acte du 29 octobre 2012, la Procureure a indiqué qu'elle
n'entendait pas déposer de déterminations et a conclu au rejet du recours.
Par acte du 5 novembre 2012, J., par l'intermédiaire de
l'avocat Christophe Sivilotti, s'en est remise à la détermination et à la
motivation de la Procureure.
Invité à déposer des déterminations par courrier du 25 octobre
2012, H.________ a renoncé à se prononcer.
E n d r o i t :
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que les objets, accompagnés d’un rapport, sont transmis à la direction de
la procédure qui décide de la suite de la procédure (al. 2). A réception du
rapport de police, la direction de la procédure doit décider si les
découvertes fortuites peuvent être exploitées pour d’autres infractions
que celles qui sont l’objet de l’enquête en cours, c’est-à-dire si elles
peuvent donner lieu à l’ouverture d’une nouvelle instruction pénale (art.
309 CPP) ou à l’extension de l’instruction (art. 311 al. 2 CPP), servir de
moyens de preuve et/ou être séquestrées (Chirazi, in: Kuhn/Jeanneret
(éd.), op. cit., nn. 3, 5 et 6 ad art. 243 CPP; Gfeller/ Thormann, in :
Niggli/Heer/Wiprächtiger (éd.), op. cit., nn. 20 et 37 ad art. 243 CPP) ou si,
au contraire, elles doivent être restituées ou détruites (Gfeller/Thormann,
op. cit., n. 30 ad art. 243 CPP). Comme la Chambre des recours pénale l’a
exposé dans son arrêt du 22 août 2012, il appartient ainsi à la Procureure
de décider rapidement de la suite de la procédure en ce qui concerne
l’exploitation de la copie des documents saisis lors des perquisitions
exécutées le 10 mai 2011 pour d’autres infractions que celles qui sont
l’objet de l’enquête en cours.
d) Cela étant, par l’ordonnance attaquée, se basant sur l'art.
263 al. 1 let. a CPP, la Procureure a ordonné le séquestre des copies des
documents saisis, et ce dans le cadre de l’instruction ouverte contre
T.________ pour voies de fait, menaces et tentative de contrainte,
respectivement contre H.________ pour tentative de contrainte, au motif
que ces copies pourraient être utilisées comme moyens de preuve dans le
cadre de cette instruction pénale. Il s’agit donc d’examiner si ce séquestre
probatoire est justifié.
La recourante soutient que tel n’est pas le cas. Se plaignant
d’une violation des art. 263 et 267 CPP, d’un abus du pouvoir
d’appréciation de la Procureure et de l’inopportunité de l’ordonnance
attaquée, elle fait valoir qu’il n’existe aucun lien de connexité entre les
documents saisis et la présente instruction pénale, basée sur des plaintes
pour menaces, de sorte que les documents en question ne pourraient
servir de preuves quant aux infractions reprochées aux prévenus.
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L'argumentation de la recourante est bien fondée. Cela serait
préjuger de la décision que la Procureure doit rendre s'agissant de
l'exploitation des découvertes fortuites (cf. c. 2c p. 8 supra).
En effet, on ne voit pas en quoi les documents en question (P.
38/2 et 38/3) pourraient probablement (cf. art. 263 al. 1 CPP) être utilisés
comme moyens de preuve pour les infractions de voies de fait, menaces
et tentative de contrainte reprochées T.________ respectivement pour
l'infraction de tentative de contrainte reprochée à H.________, pour
lesquelles la présente instruction pénale a été ouverte contre les
prévenus.
e) C'est donc à tort que la Procureure a ordonné le séquestre
des copies des documents saisis lors des perquisitions exécutées le 10 mai